modele me too

Travailler avec modèles après ME TOO


Respect, clarté et dialogue : ma pratique avec les modèles


Bien avant que le mouvement Me Too ne vienne bousculer le monde de l’art et de la photographie, j’avais déjà intégré une règle simple et invariable à ma pratique : le respect absolu de la personne qui pose pour moi. Non pas comme une contrainte imposée de l’extérieur, mais comme une évidence éthique et humaine.


Mon travail artistique — qu’il s’agisse de peinture ou de photographie — implique souvent une proximité physique, une intensité émotionnelle et parfois une mise en scène crue des corps. Ces dimensions exigent que tout soit posé clairement dès le départ, dans un climat de confiance mutuelle.


Chaque collaboration commence donc par un dialogue franc et complet. Nous discutons ensemble des intentions, des limites, des thèmes abordés et des images possibles. Rien n’est flou, rien n’est laissé à l’interprétation hasardeuse. Le consentement n’est pas un mot abstrait : il est concret, explicite, et il accompagne chaque étape du travail. Les modèles savent précisément à quoi ils participent, et ils peuvent à tout moment exprimer un refus ou un inconfort.


Pour garantir ce climat, j’ai toujours autorisé la présence d’un proche du modèle pendant les séances. Qu’il s’agisse d’un ami, ou d’un conjoint, cette présence joue un rôle apaisant et permet au modèle de se sentir pleinement en sécurité. Elle n’entrave en rien le processus créatif ; au contraire, elle participe à créer un espace de travail serein, débarrassé de toute ambiguïté.


Mes thématiques peuvent être explicites, parfois brutales. Elles abordent le corps sans fard, dans sa vulnérabilité comme dans sa puissance, et peuvent confronter celui qui pose à des symboliques fortes, parfois dérangeantes. C’est pourquoi je précise d’emblée : si un modèle ne se sent pas à l’aise avec ce type de démarche, il vaut mieux qu’il s’abstienne de poser pour moi. L’art n’est jamais une obligation, et il ne doit pas mettre en danger l’intégrité psychologique ou émotionnelle de celui qui y participe.


Le cadre reste toujours celui de la courtoisie. Ce mot, que l’on croit parfois désuet, a pour moi toute sa force : c’est l’art de traiter autrui avec égards, d’écouter, de respecter ses choix et sa sensibilité. Dans l’atelier comme dans le studio photo, il n’y a ni hiérarchie de pouvoir ni tension cachée : seulement un échange entre deux individus qui travaillent ensemble à créer une image, chacun dans son rôle, avec une conscience claire des règles du jeu.


Ainsi, lorsque les débats publics ont mis en lumière des abus dans le milieu artistique, je n’ai pas eu à « changer » mes méthodes. Tout était déjà là : le dialogue, la transparence, le droit de dire non, la possibilité d’être accompagné, la définition claire des limites. Ce sont des fondations qui me semblent indissociables de toute pratique artistique honnête et responsable.


En définitive, poser pour moi, c’est participer à un projet où l’art se construit sur un socle de respect mutuel. C’est accepter des thématiques fortes, parfois provocantes, mais dans un espace où chaque personne est libre, écoutée, et protégée par la parole donnée. C’est dans ce climat de confiance que l’on peut, ensemble, aller au bout d’une démarche créative authentique.


Thibault DELFERIERE 

10 août 2025